
———————-
« Instantia crucis », l’expĂ©rience cruciale. Selon Francis Bacon(Novum Organum. 1620) la mise en Ĺ“uvre de l’expĂ©rience permet de choisir, entre plusieurs hypothèses, celle qui convient Ă l’explication d’un phĂ©nomène.

Francis Bacon (1561Â –1626)
http://agora.qc.ca/Dossiers/Francis_Bacon
L’homme, disait Bacon, commande Ă la nature en lui obĂ©issant. Ce philosophe anglais a efficacement contribuĂ© Ă rendre la connaissance utile en mettant l’accent sur l’expĂ©rience, l’observation et les rĂ©sultats tangibles. Ce ne sont pas des ailes qu’il faut ajouter Ă l’entendement, prĂ©cisait-il, mais du plomb. La science est un mĂ©lange d’induction et de dĂ©duction, d’empirisme et de rationalisme.
Les philosophes qui se sont mĂŞlĂ©s de traiter des sciences se partageaient en deux classes, savoir : les empiriques et les dogmatiques. L’empirique, semblable Ă la fourmi, se contente d’amasser et de consommer ensuite ses provisions. Le dogmatique, tel que l’araignĂ©e, ourdit des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance. L’abeille garde le milieu; elle tire la matière première des fleurs des champs et des jardins; puis, par un art qui lui est propre, elle la travaille et la digère. La vraie philosophie fait quelque chose de semblable; elle ne se repose pas uniquement ni mĂŞme principalement sur les forces naturelles de l’esprit humain, et cette matière qu’elle tire de l’histoire naturelle, elle ne la jette pas dans la mĂ©moire telle qu’elle l’a puisĂ©e dans ces deux sources, mais après l’avoir aussi travaillĂ©e et digĂ©rĂ©e, elle la met en magasin. Ainsi notre plus grande ressource et celle dont nous devons tout espĂ©rer, c’est l’Ă©troite alliance de ces deux facultĂ©s : l’expĂ©rimentale et la rationnelle… Francis Bacon. Novum Organum. 1620.

Le physicien ne peut jamais soumettre au contrôle de l’expérience une hypothèse isolée, mais seulement tout un ensemble d’hypothèses ; lorsque l’expérience est en désaccord avec ses prévisions, elle lui apprend que l’une au moins des hypothèses qui constituent cet ensemble est inacceptable et doit être modifiée ; mais elle ne lui désigne pas celle qui doit être changée. Nous voici bien loin de la méthode expérimentale telle que la conçoivent volontiers les personnes étrangères à son fonctionnement. On pense communément que chacune des hypothèses dont la Physique fait usage peut être prise isolément, soumise au contrôle de l’expérience, puis, lorsque des épreuves variées et multipliées en ont constaté la valeur, mise en place d’une manière définitive dans le système de la Physique. En réalité, il n’en est pas ainsi ; la Physique n’est pas une machine qui se laisse démonter ; on ne peut pas essayer chaque pièce isolément et attendre, pour l’ajuster, que la solidité en ait été minutieusement contrôlée ; la science physique, c’est un système que l’on doit prendre tout entier ; c’est un organisme dont on ne peut faire fonctionner une partie sans que les parties les plus éloignées de celle-là entrent en jeu, les unes plus, les autres moins, toutes à quelque degré ; si quelque gène, quelque malaise se révèle, dans ce fonctionnement, c’est par l’effet produit sur le système tout entier que le physicien devra deviner l’organe qui a besoin d’être redressé ou modifié, sans qu’il lui soit possible d’isoler cet organe et de l’examiner à part. L’horloger auquel on donne une montre qui ne marche pas en sépare tous les rouages et les examine un a un jusqu’à ce qu’il ait trouvé celui qui est faussé ou brisé ; le médecin auquel on présente un malade ne peut le disséquer pour établir son diagnostic ; il doit deviner le siège et la cause du mal par la seule inspection des désordres qui affectent le corps entier ; c’est à celui-ci, non à celui-là , que ressemble le physicien chargé de redresser une théorie boiteuse. Pierre Duhem. La Théorie physique, son objet, sa structure. 1906.
DĂ©jĂ l’observation a besoin d’un corps de prĂ©cautions qui conduisent Ă rĂ©flĂ©chir avant de regarder, qui rĂ©forment du moins la première vision, de sorte que ce n’est jamais la première observation qui est la bonne. L’observation scientifique est toujours une observation polĂ©mique ; elle confirme ou infirme une thèse antĂ©rieure, un schĂ©ma prĂ©alable […]. Naturellement, dès qu’on passe de l’observation Ă l’expĂ©rimentation, le caractère polĂ©mique de la connaissance devient plus net encore. Alors il faut que le phĂ©nomène soit triĂ©, filtrĂ©, Ă©purĂ©, coulĂ© dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. Or les instruments ne sont que des thĂ©ories matĂ©rialisĂ©es. Il en sort des phĂ©nomènes qui portent de toutes parts la marque thĂ©orique. G. Bachelard. Le nouvel esprit scientifique. 1934.Â
——————————————————-
Tous les documents indiqués dans ce qui suit sont téléchargeables à l’adresse DOCS (dossier instantia crucis).
—————————————–








——————————————————-
Tous les documents indiqués sont téléchargeables à l’adresse DOCS (dossier instantia crucis).


———————————————————————————————-